Démarche artistique

Passionnée d’océan et de navigation, des mystères du vivant et des cultures ancestrales, je tire mon inspiration d’expériences vécues au gré de résidences embarquées, d’expéditions lointaines ou d’explorations rêveuses de nos régions.

Je me laisse traverser par les atmosphères de ces lieux, interroge leur singularité et leurs habitants. Je questionne l’impact de l’anthropocène sur les écosystèmes sensibles que j’explore et me fais la porte-parole de ceux qui n’ont pas de voix, de ce que l’on n’entend pas. Plaçant l’écologie au coeur de ma démarche, je favorise la lenteur (voile, marche, vélo), lors de résidences itinérantes.

J’expérimente chaque médium, m’inspirant des matériaux in situ : végétaux, soleil, eau de mer, afin de trouver ceux qui résonneront avec mon propos, créant ainsi de nouvelles palettes chromatiques, témoins des paysages traversés. 

L’océan où  la curiosité de l’ailleurs.

Il y a des questions qui taraudent l’humanité depuis la nuit des temps. Qu’y a-t-il de l’autre côté de cette immensité mouvante ? Y a-t-il un autre côté ? Qu’y a-t-il au fond de ces profondeurs mystérieuses ? Y a-t-il même un fond ?Ignorance angoissante de l’inconnu. Et pourtant… il y a un sentiment plus fort que la peur : la curiosité. L’appel du large, le chant des sirènes qui appelle au voyage, le reflux des vagues qui nous arrivent depuis  « l’autre côté », le sifflement du vent qui nous enivre des odeurs d’ailleurs. Aujourd’hui, alors qu’à priori toutes les terres émergées ont été foulées, explorées et plantées (d’illégitimes) drapeaux, ce sentiment est toujours présent, viscéral. Chaque fois que je prends la mer, il m’envahit : curiosité, excitation, interrogation. Reliquat d’une croyance ancestrale lovée au fond du cœur. Qu’y a-t-il de l’autre côté ? A l’heure d’internet où l’on peut visiter la terre entière depuis son canapé, l’attrait du voyage et de la découverte demeure. Toutes les images du monde ne remplaceront jamais la sensation d’apercevoir une côte pour la première fois depuis l’océan. Le virtuel ne remplacera jamais l’énergie d’une terre qui existait bien avant l’apparition des hommes. Le virtuel ne remplacera jamais les premières mouettes aperçues sur l’horizon et qui annoncent la côte.
Le virtuel ne remplacera jamais les premières odeurs fibreuses et végétales après plusieurs jours de mer. Alors j’explore pour vivre, je vis pour témoigner, je témoigne pour qu’on protège la vie et qu’il reste encore des mondes à explorer.

L’appel du large

Claire Astigarraga - artiste plasticienne, sérigraphe, dessinatrice et navigatrice.

Et puis il y a le chant des sirènes. Ce chant qui s’empare de nos sens, nous enveloppe, nous entraînant irrémédiablement vers l’immensité ondoyante. Certain.es nomment cela « l’appel du large », je préfère l’idée du chant. J’aime l’idée d’une mer-mère. Mère primitive, mère océane, mère accueillante mais intransigeante. J’aime penser que nous sommes toutes ses filles, que ce sont nos sœurs qui nous appellent, qui nous invitent à renouer avec cette connexion originelle.Pour moi, la mer est berceau, la mer est femme et sa force coule dans nos veines.Pour moi, naviguer, c’est me connecter avec cette puissance féminine ancestrale, me laisser apprivoiser, me réapproprier un espace dont les femmes ont été si longtemps exclues, éloignées. Alors je transmets, j’enseigne ce que j’ai appris. Je partage l’émerveillement. Je veux offrir l’opportunité de découvrir l’élément eau en le vivant, en s’y mouvant. Il n’existe pas de plus grande sensation de liberté que celui d’appartenir à ce monde mouvant, puissant, vivant.

"C’est tout cela qui nourrit ma pratique au quotidien, mes interrogations, mes doutes. C’est tout cela qui me pousse à observer et à témoigner des mutations causées par l’anthropocène, des ravages, des changements, des disparitions mais de la diversité, de la beauté et de l’émerveillement aussi. "

L’évidence de la vie en bateau

Claire Astigarraga - artiste plasticienne, sérigraphe, dessinatrice et navigatrice.

Vivre en communion avec son environnement. S’y fondre sans le déranger. Observer le monde d’un point de vue privilégié mais non intrusif. Nous avons construit une toue cabanée en bois, bateau traditionnel de Loire pour se rapprocher de l’eau, d’un mode de vie en harmonie avec l’environnement.

Chantier de 5 ans, coque en chêne réalisée par le chantier Marlot au Pèlerin, amoureux des bateaux traditionnel.

L’occasion pour son chantier de renouer avec la construction de ces bateaux traditionnels qui étaient autrefois construits dans son atelier, avant la reprise. Et ensuite le chantier, à deux, l’apprentissage des techniques traditionnelles, la recherche de matériaux les plus écologiques possibles pour la conception. Bois 100% français, goudron de norvège, zinc, clous de couverture. L’apprentissage de la charpente, de l’électricité, de la plomberie.

L’apprentissage pas à pas de la patience, de la diminution de besoins, du retour à l’essentiel. La volonté d’autonomie, de simplicité. Vivre au fil de l’eau, passer ses diplômes de capitaine, emmener les gens à la découverte des rivières et des canaux, vivre en marinier, dompter les écluses, s’accorder aux marées et à la météo. Vivre au quotidien avec et par les éléments.

S’émerveiller du vol des martins-pêcheurs et de l’attente immobile des hérons. Observer le dos d’un ragondin qui traverse le courant, se réveiller au saut d’un poisson sous la fenêtre. Vivre en être vivant, paillette infime d’un vaste écosystème. 

Claire Astigarraga - artiste plasticienne, sérigraphe, dessinatrice et navigatrice.